Dura Lex
23/04/2007, 22h54
" Ah…la Magie…il était grand temps que tu me poses la question… "
Le vieil humain ouvrit en grand la porte qui grinça, laissant entrer l’enfant joufflu dans sa maisonnette. Ils s’installèrent dans le salon. La neige tombait avec ardeur au dehors, et le givre s’emparait des carreaux de la fenêtre déjà abimée par le temps. Le vieil homme alluma sa cheminée d’un simple mouvement de la main dans le vide, sous les yeux ébahis du môme.
" La Magie, mon petit…c’est la chose la plus puissante sur nos terres. La Magie, c’est … c’est la création."
**************************
" Eltaïr, comme tu le sais mon enfant, est l’Être suprême parmi les suprêmes, mais cette dénomination que nous utilisons n’est pas exacte, car nul n’a idée de ce qu’il est vraiment.
Mais nous savons qu’il créa ce monde, et cela grâce à une chose. Un réservoir insondable de possibilités, de connaissances, de conscience, que nous, êtres de chair et de sang, ne pouvons même pas effleurer ou nommer. Ce pouvoir, que dis-je, ce…ce…enfin, bref, Eltaïr s’en servit pour façonner le monde, qui servirait à empêcher les conflits parmi ses enfants, les déplaçant du monde du dessus vers le nôtre. Cependant, s’il voulait que ces conflits ne débordent pas vers eux, il prit la décision que sa création, une fois finie, serait totalement imperméable au pouvoir qui avait servit à la réaliser.
Lumièn, Gloar et Andromi, enfants de l’Être suprême, était eux aussi doué de cette capacité de création. Et c’est aussi avec celle-ci qu’ils créèrent les races à leurs images – les elfes, les nains, les humains."
Le mage marqua une pause, reprenant sa respiration, et tortillant le bout de sa longue barbe. Fixant l’enfant, il attendait la réponse évidente de celui-ci, qui vint quelques secondes plus tard
" Mais, grand père, fit le jeune garçon, maman m’a dit qu’Eltaïr avait un quatrième fils ?"
" Ceci est exact mon garçon. Mythall est le dernier fils d’Eltaïr. Mais il n’a pas eu à créer de race, non…son père le jugeant trop immature pour cette tâche. Au commencement du monde, il n’y eut donc que les elfes, les nains, et les humains...et les halfelins, mais c’est une autre histoire.
Cependant, Mythall n’était pas du tout d’accord. Lui aussi, il voulait apporter sa contribution aux terres d’Eltaïr. Il faut savoir qu’il était sans aucun doute le plus puissant de ses enfants. Certes il n’égalait pas son père, mais il était encore jeune.
Il tenta vainement de convaincre Eltaïr de le laisser créer sa propre race, qu’il était assez grand, et que ses défauts de jeunesse étaient disparus. Mais son père refusait catégoriquement.
Face à ce qu’il perçut comme un rejet, il devint encore plus désireux de montrer à son père à quel point il pouvait être aussi doué, voire plus, que ses frères et sœurs. Il entreprit une tâche que ceux-ci n’aurait même pas imaginé, qui allait complètement bouleverser notre monde. Ce qu’il allait faire allait dépasser tout ce que eux avait put créer.
Utilisant l’énorme pouvoir auquel il avait accès, Mythall effectua son premier acte de désobéissance – le premier d’une longue série – en ouvrant une minuscule brèche, entre le monde d’en haut et ici. Ainsi, le…la chose qui avait permis la création du monde s'y insuffla, dans une proportion certes infime, mais elle y était entré, et elle y resterait. Tout ce qui résulterait de son utilisation serait indirectement et indubitablement une création de Mythall. Cet acte demandait une énergie absolument inimaginable, car Eltaïr lui-même avait veillé à ce qu’une telle chose ne se produise jamais accidentellement. Il était étonné par ce que son fils avait fait.
Dans un premier temps, il le réprimanda pour sa désobéissance. Mais, observant comment le monde fonctionnait avec ce rajout, il fut surpris de voir que l’idée qu’avait eu Mythall était en fait excellente. Isolées comme elles l’étaient avant, les terres d’Eltaïr auraient été mornes et froides. Cette minuscule parcelle de création permettait de les rendre bien plus vivantes, dynamiques, et surtout, cela ne mettait pas en danger la séparation qu’Eltaïr voulait originellement : elle ouvrait la voie à une interaction directe entre ses enfants et leurs races respectives, mais pas le contraire.
Se ravisant, Eltaïr félicita son fils, et lui permit de donner un nom à sa contribution. Mythall décida que ce serait la Magie "
Le vieux bonhomme s’arrêta un moment. Il contemplait les flocons de neige s’abattant sur la vitre, comme attirés par ce qu’ils pourraient trouver de l’autre côté…Au bout de quelques minutes, il reprit son récit :
" Voici donc comment naquit la Magie sur nos terres. Comme tu le sais, elle permet de créer, de façonner, de transformer ce qu’il y a dans le monde…et bien d’autres choses.
Mais la Magie se retrouve sous plusieurs formes mon garçon. Elle peut être brute, profane, divine, …ou noire.
Mais ton vieux grand père est fatigué…allez, rentre chez toi, tu connaîtras le reste bien assez tôt. "
Le jeune garçon se leva, enlaça son papy dans ses bras, puis s’en alla en murmurant un petit au revoir.
Le vieux mage resta là, pensif.
Le gamin frappa à la porte. Le vieillard ouvrit brièvement, laissant entrer le petit bout d'humain. Celui-ci s'installa directement dans le fauteuil qu'il avait utilisé la veille, sans un mot, comme s'il avait été convenu à l'avance que la scène se passa de cette façon; pourtant il n'en était rien.
Le feu était déjà allumé dans la cheminée même si a contrario du jour précédent, il ne neigeait plus. Le mage s'installa à son tour, et ne tarda pas à reprendre son récit.
"La magie brute correspond à la majeure partie de la Magie. Tu te rappelles, c'est le don de Mythall.
Et bien la magie brute en est simplement la forme originelle. Energie pure, intense, modelable sans contrainte, éternelle où instantanée, immense ou infime. Elle est composée d'innombrables particules élémentaires qui s'entremêlent et se subliment entre elles, et permettent un nombre de possibilités dont les limites sont si lointaines que mille fois notre monde ne serait pas suffisant pour les atteindre.
Seule la famille d'Eltaïr et les dieux peuvent s'en servir, car eux seuls sont assez puissants pour pouvoir la contrôler.
Les races inférieures comme nous ne peuvent pas l'utiliser sous cette forme. Ce qui nous est accessible est bien plus limité : sept familles bien précises, seulement sept voies à la création Magique, là où il y en a d'innombrables autres. Ces sept familles, ou écoles, sont l'évocation, l'illusion, l'invocation, l'abjuration, l'enchantement, la divination et la transmutation.
Nous ne pouvons pas espérer pouvoir réaliser plus que ceci. Non seulement, nous ne savons pas, mais même si nous savions, nous serions absorbés par l'énergie ainsi développée, et nous … cesserions tout simplement d'exister.
Cette version limitée de la magie brute prend deux formes : la magie profane et la magie divine"
Le soleil était maintenant complètement caché par l'horizon. Des reflets clairs mais faibles se reflétaient encore un peu sur les formes nuageuses du ciel, tandis que la lune déjà brillante prenait le relais. Il commençait à faire sombre dans la maison, et le magicien alluma les innombrables bougies éparpillées dans la pièce d'un seul mot. Vacillant toutes dans une synchronisation parfaite, éclairant chacune de leur faible lueur un coin de la pièce, créant des ombres lancinantes et étranges, elles donnaient une ambiance particulière à ce lieu, là où la connaissance se transmettait d'une génération, à une autre.
"En magie profane, les lanceurs font appel directement à ces particules élémentaires d'énergie, par l'intermédiaire de rituels, de formules, de gestes, d'artefacts qui les assemblent entre elles, de manière à former les sortilèges.
Avec de la pratique, un lanceur pourra apprendre différents sortilèges, correspondant chacun à une combinaison différente. Et plus il fera appel à une quantité d'énergie importante de la magie brute, plus le sortilège voulu sera puissant.
Comprends moi bien mon garçon : il n'utilise pas, ni ne manipule directement la magie brute ! Celle-ci se met simplement à son service dans une forme considérablement moins pure.
La liste des sorts profanes est une liste finie. Nous, les instruits, c'est à dire les magiciens, essayons de retrouver toutes les écritures concernant cette liste, pour apprendre à utiliser le plus grand nombre de sortilèges. Les plus grands mages de ce monde parfois inventent de nouveaux sorts, mais cela reste extrêmement rare.
Les innés, comme les bardes ou les ensorceleurs, eux sont à même de produire certains sorts par simple intuition. Bien que lancer leurs sorts leur demande moins d'énergie et de travail, ils ne parviendront jamais à connaitre l'ensemble du spectre profane, alors que les instruits peuvent s'y essayer…mais une vie entière n'est point suffisante"
Dans cette dernière phrase, la nostalgie du vieil homme était palpable. Fixant le sol avec une sérénité absolue, tout dans son visage – des rides creusées par le temps jusqu'à ces yeux, profonds et sombres dans lesquels on pouvait voir la même étincelle de curiosité que dans ceux d'un apprenti – indiquait une vie entièrement passée à l'étude de la Magie et à l'apprentissage sans fin de ses mystères.
"La magie divine, elle aussi, prend sa source dans la magie brute. Cependant, les lanceurs ne font pas appel à elle directement.
Non, ce sont les dieux qui leurs fournissent ces pouvoirs. Là où le profane s'évertuera à apprendre la technique ou se fiera à l'intuition pour lancer ses sortilèges, l'incantation du religieux est une doléance, une prière à son dieu.
Ce dernier, entité transcendante à même d'intervenir directement avec l'ensemble de la magie brute, l'utilise comme matière première pour créer les effets qu'il désire. Cependant, s'il ne veut pas que ses priants ne soient absorbés par la toute puissance de la magie brute, le dieu se doit de n'en utiliser que les sept familles dont je t'ai parlé.
Au fur et à mesure de sa formation religieuse, le lanceur divin va renforcer sa foi, et donc l'estime que son dieu lui accorde, celui-ci lui fournissant un plus grand nombre de sorts."
"Mais….pourquoi, si les dieux peuvent utiliser la magie brute, ne l'utilisent-ils pas directement dans le monde ?"
"Ce privilège est accordé à Eltaïr et sa famille. Et encore, ces derniers sont si sages qu'ils ont compris qu'intervenir directement serait une erreur, sauf lors de cas rarissimes et extrêmement graves. C'est pour cela que les dieux existent, leurs secondants, et sont dédiés à la tâche de superviser leurs races respectives.
Mais les secondants eux-mêmes n'interviennent pas non plus, ou très peu. C'est la règle imposée par Eltaïr. Seuls les peuples peuvent agir sur le monde. Les dieux ne leurs fournissent que leur pouvoirs.
Certes, quelques uns de ces dieux se montrent parfois plus directs que d'autres, comme Perathis aime à le faire, ceci est relativement toléré par le Suprême des suprêmes.
Les dieux passent donc par l'intermédiaire de leurs fidèles, qu'ils récompensent de leurs efforts en leur accordant cette magie divine."
Le professeur laissa un petit temps de réflexion et d'assimilation à son jeune élève. Celui-ci était plongé dans ses pensées, encore confuses avec tout ce qu'il venait d'apprendre. Mais fasciné par toutes ces explications, absorbé dans ces leçons mystiques, il était décidé à en apprendre bien davantage. Il y a dans la Magie cette sensation étrange de n'être jamais rassasié…
"Mais dis moi, je ne t'ai pas expliqué encore comment chacune des races avait découvert la magie, n'est ce pas ?
"épisode 1"
Le vieil humain ouvrit en grand la porte qui grinça, laissant entrer l’enfant joufflu dans sa maisonnette. Ils s’installèrent dans le salon. La neige tombait avec ardeur au dehors, et le givre s’emparait des carreaux de la fenêtre déjà abimée par le temps. Le vieil homme alluma sa cheminée d’un simple mouvement de la main dans le vide, sous les yeux ébahis du môme.
" La Magie, mon petit…c’est la chose la plus puissante sur nos terres. La Magie, c’est … c’est la création."
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" Eltaïr, comme tu le sais mon enfant, est l’Être suprême parmi les suprêmes, mais cette dénomination que nous utilisons n’est pas exacte, car nul n’a idée de ce qu’il est vraiment.
Mais nous savons qu’il créa ce monde, et cela grâce à une chose. Un réservoir insondable de possibilités, de connaissances, de conscience, que nous, êtres de chair et de sang, ne pouvons même pas effleurer ou nommer. Ce pouvoir, que dis-je, ce…ce…enfin, bref, Eltaïr s’en servit pour façonner le monde, qui servirait à empêcher les conflits parmi ses enfants, les déplaçant du monde du dessus vers le nôtre. Cependant, s’il voulait que ces conflits ne débordent pas vers eux, il prit la décision que sa création, une fois finie, serait totalement imperméable au pouvoir qui avait servit à la réaliser.
Lumièn, Gloar et Andromi, enfants de l’Être suprême, était eux aussi doué de cette capacité de création. Et c’est aussi avec celle-ci qu’ils créèrent les races à leurs images – les elfes, les nains, les humains."
Le mage marqua une pause, reprenant sa respiration, et tortillant le bout de sa longue barbe. Fixant l’enfant, il attendait la réponse évidente de celui-ci, qui vint quelques secondes plus tard
" Mais, grand père, fit le jeune garçon, maman m’a dit qu’Eltaïr avait un quatrième fils ?"
" Ceci est exact mon garçon. Mythall est le dernier fils d’Eltaïr. Mais il n’a pas eu à créer de race, non…son père le jugeant trop immature pour cette tâche. Au commencement du monde, il n’y eut donc que les elfes, les nains, et les humains...et les halfelins, mais c’est une autre histoire.
Cependant, Mythall n’était pas du tout d’accord. Lui aussi, il voulait apporter sa contribution aux terres d’Eltaïr. Il faut savoir qu’il était sans aucun doute le plus puissant de ses enfants. Certes il n’égalait pas son père, mais il était encore jeune.
Il tenta vainement de convaincre Eltaïr de le laisser créer sa propre race, qu’il était assez grand, et que ses défauts de jeunesse étaient disparus. Mais son père refusait catégoriquement.
Face à ce qu’il perçut comme un rejet, il devint encore plus désireux de montrer à son père à quel point il pouvait être aussi doué, voire plus, que ses frères et sœurs. Il entreprit une tâche que ceux-ci n’aurait même pas imaginé, qui allait complètement bouleverser notre monde. Ce qu’il allait faire allait dépasser tout ce que eux avait put créer.
Utilisant l’énorme pouvoir auquel il avait accès, Mythall effectua son premier acte de désobéissance – le premier d’une longue série – en ouvrant une minuscule brèche, entre le monde d’en haut et ici. Ainsi, le…la chose qui avait permis la création du monde s'y insuffla, dans une proportion certes infime, mais elle y était entré, et elle y resterait. Tout ce qui résulterait de son utilisation serait indirectement et indubitablement une création de Mythall. Cet acte demandait une énergie absolument inimaginable, car Eltaïr lui-même avait veillé à ce qu’une telle chose ne se produise jamais accidentellement. Il était étonné par ce que son fils avait fait.
Dans un premier temps, il le réprimanda pour sa désobéissance. Mais, observant comment le monde fonctionnait avec ce rajout, il fut surpris de voir que l’idée qu’avait eu Mythall était en fait excellente. Isolées comme elles l’étaient avant, les terres d’Eltaïr auraient été mornes et froides. Cette minuscule parcelle de création permettait de les rendre bien plus vivantes, dynamiques, et surtout, cela ne mettait pas en danger la séparation qu’Eltaïr voulait originellement : elle ouvrait la voie à une interaction directe entre ses enfants et leurs races respectives, mais pas le contraire.
Se ravisant, Eltaïr félicita son fils, et lui permit de donner un nom à sa contribution. Mythall décida que ce serait la Magie "
Le vieux bonhomme s’arrêta un moment. Il contemplait les flocons de neige s’abattant sur la vitre, comme attirés par ce qu’ils pourraient trouver de l’autre côté…Au bout de quelques minutes, il reprit son récit :
" Voici donc comment naquit la Magie sur nos terres. Comme tu le sais, elle permet de créer, de façonner, de transformer ce qu’il y a dans le monde…et bien d’autres choses.
Mais la Magie se retrouve sous plusieurs formes mon garçon. Elle peut être brute, profane, divine, …ou noire.
Mais ton vieux grand père est fatigué…allez, rentre chez toi, tu connaîtras le reste bien assez tôt. "
Le jeune garçon se leva, enlaça son papy dans ses bras, puis s’en alla en murmurant un petit au revoir.
Le vieux mage resta là, pensif.
Le gamin frappa à la porte. Le vieillard ouvrit brièvement, laissant entrer le petit bout d'humain. Celui-ci s'installa directement dans le fauteuil qu'il avait utilisé la veille, sans un mot, comme s'il avait été convenu à l'avance que la scène se passa de cette façon; pourtant il n'en était rien.
Le feu était déjà allumé dans la cheminée même si a contrario du jour précédent, il ne neigeait plus. Le mage s'installa à son tour, et ne tarda pas à reprendre son récit.
"La magie brute correspond à la majeure partie de la Magie. Tu te rappelles, c'est le don de Mythall.
Et bien la magie brute en est simplement la forme originelle. Energie pure, intense, modelable sans contrainte, éternelle où instantanée, immense ou infime. Elle est composée d'innombrables particules élémentaires qui s'entremêlent et se subliment entre elles, et permettent un nombre de possibilités dont les limites sont si lointaines que mille fois notre monde ne serait pas suffisant pour les atteindre.
Seule la famille d'Eltaïr et les dieux peuvent s'en servir, car eux seuls sont assez puissants pour pouvoir la contrôler.
Les races inférieures comme nous ne peuvent pas l'utiliser sous cette forme. Ce qui nous est accessible est bien plus limité : sept familles bien précises, seulement sept voies à la création Magique, là où il y en a d'innombrables autres. Ces sept familles, ou écoles, sont l'évocation, l'illusion, l'invocation, l'abjuration, l'enchantement, la divination et la transmutation.
Nous ne pouvons pas espérer pouvoir réaliser plus que ceci. Non seulement, nous ne savons pas, mais même si nous savions, nous serions absorbés par l'énergie ainsi développée, et nous … cesserions tout simplement d'exister.
Cette version limitée de la magie brute prend deux formes : la magie profane et la magie divine"
Le soleil était maintenant complètement caché par l'horizon. Des reflets clairs mais faibles se reflétaient encore un peu sur les formes nuageuses du ciel, tandis que la lune déjà brillante prenait le relais. Il commençait à faire sombre dans la maison, et le magicien alluma les innombrables bougies éparpillées dans la pièce d'un seul mot. Vacillant toutes dans une synchronisation parfaite, éclairant chacune de leur faible lueur un coin de la pièce, créant des ombres lancinantes et étranges, elles donnaient une ambiance particulière à ce lieu, là où la connaissance se transmettait d'une génération, à une autre.
"En magie profane, les lanceurs font appel directement à ces particules élémentaires d'énergie, par l'intermédiaire de rituels, de formules, de gestes, d'artefacts qui les assemblent entre elles, de manière à former les sortilèges.
Avec de la pratique, un lanceur pourra apprendre différents sortilèges, correspondant chacun à une combinaison différente. Et plus il fera appel à une quantité d'énergie importante de la magie brute, plus le sortilège voulu sera puissant.
Comprends moi bien mon garçon : il n'utilise pas, ni ne manipule directement la magie brute ! Celle-ci se met simplement à son service dans une forme considérablement moins pure.
La liste des sorts profanes est une liste finie. Nous, les instruits, c'est à dire les magiciens, essayons de retrouver toutes les écritures concernant cette liste, pour apprendre à utiliser le plus grand nombre de sortilèges. Les plus grands mages de ce monde parfois inventent de nouveaux sorts, mais cela reste extrêmement rare.
Les innés, comme les bardes ou les ensorceleurs, eux sont à même de produire certains sorts par simple intuition. Bien que lancer leurs sorts leur demande moins d'énergie et de travail, ils ne parviendront jamais à connaitre l'ensemble du spectre profane, alors que les instruits peuvent s'y essayer…mais une vie entière n'est point suffisante"
Dans cette dernière phrase, la nostalgie du vieil homme était palpable. Fixant le sol avec une sérénité absolue, tout dans son visage – des rides creusées par le temps jusqu'à ces yeux, profonds et sombres dans lesquels on pouvait voir la même étincelle de curiosité que dans ceux d'un apprenti – indiquait une vie entièrement passée à l'étude de la Magie et à l'apprentissage sans fin de ses mystères.
"La magie divine, elle aussi, prend sa source dans la magie brute. Cependant, les lanceurs ne font pas appel à elle directement.
Non, ce sont les dieux qui leurs fournissent ces pouvoirs. Là où le profane s'évertuera à apprendre la technique ou se fiera à l'intuition pour lancer ses sortilèges, l'incantation du religieux est une doléance, une prière à son dieu.
Ce dernier, entité transcendante à même d'intervenir directement avec l'ensemble de la magie brute, l'utilise comme matière première pour créer les effets qu'il désire. Cependant, s'il ne veut pas que ses priants ne soient absorbés par la toute puissance de la magie brute, le dieu se doit de n'en utiliser que les sept familles dont je t'ai parlé.
Au fur et à mesure de sa formation religieuse, le lanceur divin va renforcer sa foi, et donc l'estime que son dieu lui accorde, celui-ci lui fournissant un plus grand nombre de sorts."
"Mais….pourquoi, si les dieux peuvent utiliser la magie brute, ne l'utilisent-ils pas directement dans le monde ?"
"Ce privilège est accordé à Eltaïr et sa famille. Et encore, ces derniers sont si sages qu'ils ont compris qu'intervenir directement serait une erreur, sauf lors de cas rarissimes et extrêmement graves. C'est pour cela que les dieux existent, leurs secondants, et sont dédiés à la tâche de superviser leurs races respectives.
Mais les secondants eux-mêmes n'interviennent pas non plus, ou très peu. C'est la règle imposée par Eltaïr. Seuls les peuples peuvent agir sur le monde. Les dieux ne leurs fournissent que leur pouvoirs.
Certes, quelques uns de ces dieux se montrent parfois plus directs que d'autres, comme Perathis aime à le faire, ceci est relativement toléré par le Suprême des suprêmes.
Les dieux passent donc par l'intermédiaire de leurs fidèles, qu'ils récompensent de leurs efforts en leur accordant cette magie divine."
Le professeur laissa un petit temps de réflexion et d'assimilation à son jeune élève. Celui-ci était plongé dans ses pensées, encore confuses avec tout ce qu'il venait d'apprendre. Mais fasciné par toutes ces explications, absorbé dans ces leçons mystiques, il était décidé à en apprendre bien davantage. Il y a dans la Magie cette sensation étrange de n'être jamais rassasié…
"Mais dis moi, je ne t'ai pas expliqué encore comment chacune des races avait découvert la magie, n'est ce pas ?
"épisode 1"