PDA

Voir la version complète : La Magie : Le récit du Maître à l'élève


Dura Lex
23/04/2007, 22h54
" Ah…la Magie…il était grand temps que tu me poses la question… "

Le vieil humain ouvrit en grand la porte qui grinça, laissant entrer l’enfant joufflu dans sa maisonnette. Ils s’installèrent dans le salon. La neige tombait avec ardeur au dehors, et le givre s’emparait des carreaux de la fenêtre déjà abimée par le temps. Le vieil homme alluma sa cheminée d’un simple mouvement de la main dans le vide, sous les yeux ébahis du môme.

" La Magie, mon petit…c’est la chose la plus puissante sur nos terres. La Magie, c’est … c’est la création."



**************************




" Eltaïr, comme tu le sais mon enfant, est l’Être suprême parmi les suprêmes, mais cette dénomination que nous utilisons n’est pas exacte, car nul n’a idée de ce qu’il est vraiment.

Mais nous savons qu’il créa ce monde, et cela grâce à une chose. Un réservoir insondable de possibilités, de connaissances, de conscience, que nous, êtres de chair et de sang, ne pouvons même pas effleurer ou nommer. Ce pouvoir, que dis-je, ce…ce…enfin, bref, Eltaïr s’en servit pour façonner le monde, qui servirait à empêcher les conflits parmi ses enfants, les déplaçant du monde du dessus vers le nôtre. Cependant, s’il voulait que ces conflits ne débordent pas vers eux, il prit la décision que sa création, une fois finie, serait totalement imperméable au pouvoir qui avait servit à la réaliser.

Lumièn, Gloar et Andromi, enfants de l’Être suprême, était eux aussi doué de cette capacité de création. Et c’est aussi avec celle-ci qu’ils créèrent les races à leurs images – les elfes, les nains, les humains."

Le mage marqua une pause, reprenant sa respiration, et tortillant le bout de sa longue barbe. Fixant l’enfant, il attendait la réponse évidente de celui-ci, qui vint quelques secondes plus tard

" Mais, grand père, fit le jeune garçon, maman m’a dit qu’Eltaïr avait un quatrième fils ?"

" Ceci est exact mon garçon. Mythall est le dernier fils d’Eltaïr. Mais il n’a pas eu à créer de race, non…son père le jugeant trop immature pour cette tâche. Au commencement du monde, il n’y eut donc que les elfes, les nains, et les humains...et les halfelins, mais c’est une autre histoire.

Cependant, Mythall n’était pas du tout d’accord. Lui aussi, il voulait apporter sa contribution aux terres d’Eltaïr. Il faut savoir qu’il était sans aucun doute le plus puissant de ses enfants. Certes il n’égalait pas son père, mais il était encore jeune.


Il tenta vainement de convaincre Eltaïr de le laisser créer sa propre race, qu’il était assez grand, et que ses défauts de jeunesse étaient disparus. Mais son père refusait catégoriquement.

Face à ce qu’il perçut comme un rejet, il devint encore plus désireux de montrer à son père à quel point il pouvait être aussi doué, voire plus, que ses frères et sœurs. Il entreprit une tâche que ceux-ci n’aurait même pas imaginé, qui allait complètement bouleverser notre monde. Ce qu’il allait faire allait dépasser tout ce que eux avait put créer.

Utilisant l’énorme pouvoir auquel il avait accès, Mythall effectua son premier acte de désobéissance – le premier d’une longue série – en ouvrant une minuscule brèche, entre le monde d’en haut et ici. Ainsi, le…la chose qui avait permis la création du monde s'y insuffla, dans une proportion certes infime, mais elle y était entré, et elle y resterait. Tout ce qui résulterait de son utilisation serait indirectement et indubitablement une création de Mythall. Cet acte demandait une énergie absolument inimaginable, car Eltaïr lui-même avait veillé à ce qu’une telle chose ne se produise jamais accidentellement. Il était étonné par ce que son fils avait fait.

Dans un premier temps, il le réprimanda pour sa désobéissance. Mais, observant comment le monde fonctionnait avec ce rajout, il fut surpris de voir que l’idée qu’avait eu Mythall était en fait excellente. Isolées comme elles l’étaient avant, les terres d’Eltaïr auraient été mornes et froides. Cette minuscule parcelle de création permettait de les rendre bien plus vivantes, dynamiques, et surtout, cela ne mettait pas en danger la séparation qu’Eltaïr voulait originellement : elle ouvrait la voie à une interaction directe entre ses enfants et leurs races respectives, mais pas le contraire.

Se ravisant, Eltaïr félicita son fils, et lui permit de donner un nom à sa contribution. Mythall décida que ce serait la Magie "

Le vieux bonhomme s’arrêta un moment. Il contemplait les flocons de neige s’abattant sur la vitre, comme attirés par ce qu’ils pourraient trouver de l’autre côté…Au bout de quelques minutes, il reprit son récit :

" Voici donc comment naquit la Magie sur nos terres. Comme tu le sais, elle permet de créer, de façonner, de transformer ce qu’il y a dans le monde…et bien d’autres choses.

Mais la Magie se retrouve sous plusieurs formes mon garçon. Elle peut être brute, profane, divine, …ou noire.

Mais ton vieux grand père est fatigué…allez, rentre chez toi, tu connaîtras le reste bien assez tôt. "

Le jeune garçon se leva, enlaça son papy dans ses bras, puis s’en alla en murmurant un petit au revoir.

Le vieux mage resta là, pensif.




Le gamin frappa à la porte. Le vieillard ouvrit brièvement, laissant entrer le petit bout d'humain. Celui-ci s'installa directement dans le fauteuil qu'il avait utilisé la veille, sans un mot, comme s'il avait été convenu à l'avance que la scène se passa de cette façon; pourtant il n'en était rien.

Le feu était déjà allumé dans la cheminée même si a contrario du jour précédent, il ne neigeait plus. Le mage s'installa à son tour, et ne tarda pas à reprendre son récit.

"La magie brute correspond à la majeure partie de la Magie. Tu te rappelles, c'est le don de Mythall.

Et bien la magie brute en est simplement la forme originelle. Energie pure, intense, modelable sans contrainte, éternelle où instantanée, immense ou infime. Elle est composée d'innombrables particules élémentaires qui s'entremêlent et se subliment entre elles, et permettent un nombre de possibilités dont les limites sont si lointaines que mille fois notre monde ne serait pas suffisant pour les atteindre.

Seule la famille d'Eltaïr et les dieux peuvent s'en servir, car eux seuls sont assez puissants pour pouvoir la contrôler.

Les races inférieures comme nous ne peuvent pas l'utiliser sous cette forme. Ce qui nous est accessible est bien plus limité : sept familles bien précises, seulement sept voies à la création Magique, là où il y en a d'innombrables autres. Ces sept familles, ou écoles, sont l'évocation, l'illusion, l'invocation, l'abjuration, l'enchantement, la divination et la transmutation.
Nous ne pouvons pas espérer pouvoir réaliser plus que ceci. Non seulement, nous ne savons pas, mais même si nous savions, nous serions absorbés par l'énergie ainsi développée, et nous … cesserions tout simplement d'exister.

Cette version limitée de la magie brute prend deux formes : la magie profane et la magie divine"

Le soleil était maintenant complètement caché par l'horizon. Des reflets clairs mais faibles se reflétaient encore un peu sur les formes nuageuses du ciel, tandis que la lune déjà brillante prenait le relais. Il commençait à faire sombre dans la maison, et le magicien alluma les innombrables bougies éparpillées dans la pièce d'un seul mot. Vacillant toutes dans une synchronisation parfaite, éclairant chacune de leur faible lueur un coin de la pièce, créant des ombres lancinantes et étranges, elles donnaient une ambiance particulière à ce lieu, là où la connaissance se transmettait d'une génération, à une autre.

"En magie profane, les lanceurs font appel directement à ces particules élémentaires d'énergie, par l'intermédiaire de rituels, de formules, de gestes, d'artefacts qui les assemblent entre elles, de manière à former les sortilèges.

Avec de la pratique, un lanceur pourra apprendre différents sortilèges, correspondant chacun à une combinaison différente. Et plus il fera appel à une quantité d'énergie importante de la magie brute, plus le sortilège voulu sera puissant.

Comprends moi bien mon garçon : il n'utilise pas, ni ne manipule directement la magie brute ! Celle-ci se met simplement à son service dans une forme considérablement moins pure.

La liste des sorts profanes est une liste finie. Nous, les instruits, c'est à dire les magiciens, essayons de retrouver toutes les écritures concernant cette liste, pour apprendre à utiliser le plus grand nombre de sortilèges. Les plus grands mages de ce monde parfois inventent de nouveaux sorts, mais cela reste extrêmement rare.

Les innés, comme les bardes ou les ensorceleurs, eux sont à même de produire certains sorts par simple intuition. Bien que lancer leurs sorts leur demande moins d'énergie et de travail, ils ne parviendront jamais à connaitre l'ensemble du spectre profane, alors que les instruits peuvent s'y essayer…mais une vie entière n'est point suffisante"

Dans cette dernière phrase, la nostalgie du vieil homme était palpable. Fixant le sol avec une sérénité absolue, tout dans son visage – des rides creusées par le temps jusqu'à ces yeux, profonds et sombres dans lesquels on pouvait voir la même étincelle de curiosité que dans ceux d'un apprenti – indiquait une vie entièrement passée à l'étude de la Magie et à l'apprentissage sans fin de ses mystères.

"La magie divine, elle aussi, prend sa source dans la magie brute. Cependant, les lanceurs ne font pas appel à elle directement.
Non, ce sont les dieux qui leurs fournissent ces pouvoirs. Là où le profane s'évertuera à apprendre la technique ou se fiera à l'intuition pour lancer ses sortilèges, l'incantation du religieux est une doléance, une prière à son dieu.
Ce dernier, entité transcendante à même d'intervenir directement avec l'ensemble de la magie brute, l'utilise comme matière première pour créer les effets qu'il désire. Cependant, s'il ne veut pas que ses priants ne soient absorbés par la toute puissance de la magie brute, le dieu se doit de n'en utiliser que les sept familles dont je t'ai parlé.
Au fur et à mesure de sa formation religieuse, le lanceur divin va renforcer sa foi, et donc l'estime que son dieu lui accorde, celui-ci lui fournissant un plus grand nombre de sorts."

"Mais….pourquoi, si les dieux peuvent utiliser la magie brute, ne l'utilisent-ils pas directement dans le monde ?"

"Ce privilège est accordé à Eltaïr et sa famille. Et encore, ces derniers sont si sages qu'ils ont compris qu'intervenir directement serait une erreur, sauf lors de cas rarissimes et extrêmement graves. C'est pour cela que les dieux existent, leurs secondants, et sont dédiés à la tâche de superviser leurs races respectives.

Mais les secondants eux-mêmes n'interviennent pas non plus, ou très peu. C'est la règle imposée par Eltaïr. Seuls les peuples peuvent agir sur le monde. Les dieux ne leurs fournissent que leur pouvoirs.

Certes, quelques uns de ces dieux se montrent parfois plus directs que d'autres, comme Perathis aime à le faire, ceci est relativement toléré par le Suprême des suprêmes.

Les dieux passent donc par l'intermédiaire de leurs fidèles, qu'ils récompensent de leurs efforts en leur accordant cette magie divine."

Le professeur laissa un petit temps de réflexion et d'assimilation à son jeune élève. Celui-ci était plongé dans ses pensées, encore confuses avec tout ce qu'il venait d'apprendre. Mais fasciné par toutes ces explications, absorbé dans ces leçons mystiques, il était décidé à en apprendre bien davantage. Il y a dans la Magie cette sensation étrange de n'être jamais rassasié…

"Mais dis moi, je ne t'ai pas expliqué encore comment chacune des races avait découvert la magie, n'est ce pas ?

"épisode 1"

Dura Lex
01/05/2007, 15h45
Un bon nombre de chandelles s'étaient à présent éteintes, consumées entièrement par l'alliance entre la chaleur de la flamme et le temps qui s'écoulait. Le feu de la cheminée se faisait plus faible lui aussi; le froid et l'obscurité de la nuit menaçaient d'envahir la pièce comme une armée de barbares sans pitié prête à enfoncer les portes d'une cité de lumière et à en annihiler la moindre parcelle. Mais cette oppression cessa bien vite, dès lors que le vieux mage, se leva avec une promptitude dont on s'imaginerait mal lui prêter. Ses mains firent d'étranges mouvements, de sa bouche sortirent des sons incompréhensibles. Le sortilège se délivra dans la pièce : la cire fondue redevint bougie, les cendres de la cheminée se reformèrent en bûches, et tout se ralluma brusquement.

Il se rassit plus doucement, toussa un peu, et recommença à parler.


"Dès que l'étincelle de Magie s'imprégna dans le monde, seul Lumièn en tira immédiatement profit. Voyant en elle une fabuleuse opportunité, il la manipula sous sa forme brute et laissa son goût de l'esthétisme, sa créativité et l'amour de ses fils guider ses actions. Dans une explosion de magie, jaillit d'un côté Estellia, la première déesse elfe des terres d'Eltaïr, et de l'autre côté la multitude d'étoiles qui ornent la voute céleste. Lumièn fit d'Estellia sa femme, et de leur union naquirent Hadellas, Daëstra et Drasmenë.

Comme leur créateur avant eux, les elfes aussi furent les premiers à utiliser la magie en tant que race inférieure. Ils avaient hérité de la maturité de Lumièn, et ils sentirent tout de suite que quelque chose avait changé, que quelque chose de puissant s'était rajouté; et de plus, que cette chose si important était à leur portée.

En parfaits autodidactes, ils s'attelèrent à la tâche d'apprendre à utiliser la magie profane. Même si au début, les difficultés et les erreurs furent nombreuses, ils parvinrent finalement à la maitriser. "

Le vieux avait un regard pensif, comme si exprimer cette connaissance sur les elfes le faisait se remémorer bien des choses, que son esprit vagabondaient au milieu de souvenirs de moult aventures et autres quêtes épiques et variées. Qui sait ce qu'il avait pu vivre tout au long de sa vie ? Il était difficile de sonder le personnage. Ne serait-ce qu'essayer aurait été déjà un exploit, il avait l'air aux aguets, tant physiquement que mentalement, et malgré son âge avancé, n'importe qui aurait cette sensation de prudence face à lui.

Mais malgré qu'il eut l'air spirituellement à des lieues de l'endroit où son corps se trouvait, il reprit son récit, presque nonchalamment.

"Les humains par contre, n'eurent pas connaissance de l'arrivée de la Magie. Leur race était jeune et indisciplinée…un peu comme leur mère Andromi. Et puis, en ce temps lointain, les tribus humaines étaient encore éparpillées et concurrentes, il n'y aurait pas eu la place à un éventuel érudit ou sage qui aurait pu le ressentir.

Et même. Leur physiologie n'était pas aussi élaborée que celle des elfes ou des nains. Leur espérance de vie étant plus courte, ils leur auraient fallu un temps fou pour apprendre à maîtriser la Magie.

Andromi aurait très bien pu s'en accommoder. Mais elle fut rapidement lasse des remarques incessantes et moqueuses de Lumièn, qui se targuait du fait que ses elfes savaient déjà utiliser la magie.

A son tour, elle créa la première déesse humaine, Aestie. Cette dernière n'avait pour but que de rendre plus accessible la Magie aux humains, en leur transmettant un courant magique plus …"distillé", qu'ils seraient en mesure de maitriser plus facilement, et surtout, plus rapidement.

Ainsi, les premiers humains à utiliser la magie profane le firent par le biais d'Aestie. Mais, ne sachant utiliser d'autres méthodes que celle-ci, ils la transmirent à leurs jeunes générations, qui la transmirent à la génération suivante, et ainsi de suite jusqu'à aujourd'hui. Ainsi, Aestie, qui avait permis aux humains de maitriser plus vite la magie, est aujourd'hui devenue un élément essentiel de son utilisation. Sans elle, la plupart des lanceurs profanes humains perdraient la faculté d'utiliser leurs sorts…

Cette magie profane des humains est bien sûr la même que celle des autres vue de l'extérieur, avec les mêmes sortilèges. Mais la manière avec laquelle il est nécessaire de l'appréhender est totalement différente. D'aucuns disent qu'il serait possible d'apprendre à faire de la magie sans Aestie, ce qui d'ailleurs, est logique. Mais cela demanderait d'oublier tout ce que nous savons en matière de magie profane. Et puis…cela fonctionne très bien depuis le début, alors il n'y a point raisons de changer…n'est il pas ?"



"Gloar lui, était plus patient envers les nains. Il préférait amplement les regarder évoluer d'eux même, sans qu'il ait à intervenir. Ainsi, quand la Magie fit son apparition, il laissa les nains la découvrir tout seuls, comme les elfes l'avaient fait.

Mais au fil du temps qui passait, les nains ne se débrouillaient pas aussi bien qu'il l'aurait voulu. Il prit alors la décision de créer lui aussi ses secondants. Il s'inspira de ce qu'il trouva dans les mines si chères aux nains : le mythril pour Tarn, le diamant pour Jevadar, l'opale pour Kirna.

Si ces divinités étaient toutes trois vouées à guider les nains, c'est Kirna qui était prédestinée à les mener sur les sentiers de la Magie. Etant déesse, peu de nains suivirent ses enseignements…a contrario d'un très grand nombre de femmes naines qui furent attirées par les arcanes de la magie, voyant là un moyen d'expression que leurs maris délaissaient, et où elles auraient pu exceller. Et c'est d'ailleurs ce qu'elles firent.

C'est pourquoi, encore aujourd'hui, les naines tiennent un rôle plus prépondérant dans la magie profane que leurs homologues masculins, qui eux sont plutôt tournés vers la magie divine. Cela n'exclut pas l'inverse, qui reste cependant beaucoup moins courant"

Il s'arrêta, comme ayant fini la leçon. Il avait cependant l'air soucieux, même s'il ne voulait pas le laisser transparaitre. La nuit se faisait avancée, et tout deux étaient à présent fatigués.

"Voila tout ce qu'il est suffisant de savoir sur la Magie…mais…c'est mentir que de dire cela. Il me reste à te parler de la terrible magie noire. Si tu veux vraiment la connaitre, reviens demain car il est temps que tu rentres chez toi à présent…"
Episode 2

Dura Lex
08/05/2007, 16h57
L'enfant vint plus tôt que d'habitude. Le rituel fut le même qu'à l'accoutumée : ils s'assirent face à face, dans leurs fauteuils.
Le magicien attendit longuement avant de parler. Jusqu'au bout, il semblait indécis. Plusieurs fois il fit mine de commencer, mais se ravisant, il retournait dans les méandres tortueux de son esprit hésitant.

Le manège dura un bon moment, pendant lequel l'enfant attendit patiemment, docilement, sans dire mot. Finalement, au bout d'une heure, des paroles sortirent de la bouche du vieil homme.

"Ce que je vais t'apprendre aujourd'hui te fera peut être peur…ou bien, te fascinera au plus haut point. Je te demande d'y réfléchir calmement et posément, car il est très important que tu saches faire la part des choses, et ce, en toute connaissance de cause."



"La magie noire. Elle aussi, elle est l'œuvre de Mythall, le Puissant. Et pourtant, à l'origine, sa création ne fut pas purement volontaire.

Quand il commença à manipuler les races présentes dans le monde, c'est la Magie, brute, qu'il utilisa. Cependant, au contact de Mythall, et de son aliénation naissante, le concept même de cette magie changea…là où avant, il y avait l'idée d'innovation, de création, elle fut brusquement animée par un désir de manipulations et d'égoïsme. Imprégnée par le pouvoir chaotique de Mythall, la première forme de magie noire naquit. Jumelle de la magie brute, elle permettait la même chose, mais dans une puissance bien moindre…d'une part parce que Mythall ne l'avait pas créé intentionnellement; d'autre part, il ne voulait pas attirer l'attention de son père sur ses manipulations.

C'est donc de la magie noire que Mythall usa lors de la réalisation de ses premières races. Mais il devint de moins en moins prudent, et quand Eltaïr découvrit les méfaits de son fils, il le bannit, lui et ses créatures. C'est à partir de ce moment que la folie de Mythall prit réellement naissance.

Décidé à montrer qu'il était plus puissant qu'Eltaïr lui-même, il s'exerça. Sans limites. Dans un désir de reconnaissance et de vengeance entremêlées, il devint si puissant qu'il parvint à contrer les pouvoirs qu'Eltaïr développait pour l'empêcher d'accéder au monde. Réutilisant sa magie noire, mais dans des proportions identiques – si ce n'est plus – à la magie brute, il réintroduit certaines de ses créatures dans la sphère Eltaïrienne. Pis ! Il put en créer d'autres bien plus monstrueuses. Avec la magie noire qui faisait à présent partie intégrante du monde, au même titre que la magie classique, il pouvait s'atteler à bons nombres de méfaits que son père ne pouvait empêcher.

Cependant, l'histoire de la magie noire ne s'arrête pas là. Mythall y rajouta encore quelque chose.

Semblant vouloir se racheter aux yeux de sa famille, il décida d'user de sa puissance afin d'accorder l'immortalité aux races mortelles.
D'aucuns disent qu'il était réellement mu par un désir de repenti de ses fautes passées, qu'il sut que ce qu'il avait fait était mal, et que son intention était louable. D'autres pensent que ce ne fut qu'une ruse de sa part, dans un but bien plus sournois. Tous s'accordent cependant pour dire que se fut peine perdue. Car dans les deux cas, ce qu'il avait fait était déjà bien trop pour qu'on puisse le pardonner. Et puis, accorder l'immortalité à des races mortelles était bien évidemment tout le contraire ce qu'Eltaïr souhaitait. Ce manque flagrant de lucidité prouve encore une fois combien la folie de Mythall le rongeait, et l'aveuglait.

Mais, sans prévenir, il réalisa tout de même son sombre projet... Et le résultat fut pire que ce qui fut imaginé. Un jour, où tout s'annonçait dans les plus bons augures, les cimetières s'agitèrent, et les morts se relevèrent, animés par une faim insatiable envers tout ce qui était vivant. La nécromancie, voilà le "don" que Mythall avait fait au monde. Certes, et c'était là le vrai but : les "non-morts" pouvaient vivre indéfiniment, mais sous quelle forme ? Vivre ainsi n'était pas une véritable vie.
Personne n'approuva. Ses frères et sa sœur étaient indignés, sa mère Nature était bouleversée et véritablement horrifiée. Son père, Eltaïr, su alors que son fils était à présent perdu pour toujours. Tous lui tournèrent encore une fois le dos, le renièrent, pour toujours. A présent, plus jamais Mythall ne pourrait espérer retrouver sa famille. Il enragea, rejeté encore une fois. Sa colère était telle qu'elle secoua le monde tout entier. Alors, il se renferma sur lui-même, plus personne n'entendit parler de lui pendant un long moment…Mythall, le Fou, préparait sa prochaine création, sa vengeance destructrice, et ne donna plus signe d'activité.

Voilà toute l'histoire de la magie noire…"

Le grand-père soupira, et marqua une courte pause. Il ne semblait pas vouloir en dire plus, mais le mal était fait ; l'élève était déjà appâté, et ne tarda pas à demander des réponses.

"Mais, grand-père, tu as dis que la magie noire permettait la même chose que la magie brute ? Enfin, exceptée la nécromancie…"

"C'est cela mon enfant. La magie noire permet tout ce qui est possible par le biais de la magie brute. En fait, son utilisation en est identique, on peut aussi la classifier en magie profane ou divine. Il y a les mêmes sortilèges, les mêmes formules.

Mais une différence reste fondamentale : le magicien qui utilisera sa magie dans son but premier, la création, ou un prêtre utilisant ses pouvoirs pour soigner les autres, utiliseront la magie classique. Mais celui qui incendiera une ville entière avec ses boules de feu, assassinant bon nombre de personne, ou ceux pratiquant des rituels malsains, sacrifiant des innocents, invoquant des créatures de Mythall, eux le feront par le biais de la magie noire… Ce sont deux flux magiques, et toute magie passe par l'un ou l'autre.

Hmm…Le bien et le mal…l'on pourrait dire que c'est ce qui fait la différence, mais c'est infiniment plus compliqué que cela. Qui peut dire qu'une action est réellement bonne ? Ou mauvaise ? Comment savoir si les répercussions d'une action ne seront pas tout autre que ce qui était prévu à l'origine ? Aucun mortel ne peut le dire. Peut être est-ce Eltaïr qui, dans sa suprême et infinie omniscience, décide de donner accès à la magie brute…qui sait.

On peut cependant supposer que tout ce qui touche à la destruction, au chaos, sera de la magie noire. De plus, il est certain qu'une grande majorité des créatures de Mythall utilise la magie noire, pour ne pas dire toutes. Très chaotiques, Eltaïr bloque leur accession à la magie brute. Mais la magie noire Mythallienne, hors de tout contrôle, leur est toujours accessible.
De toutes les façons, il est très difficile de discerner si une magie est noire, ou si elle ne l'est pas, dans le cas où le sortilège utilisé serait présent dans les deux flux…"





"Mais il y certaines choses que la magie noire permet de faire, que la magie brute ne peut pas : comme je l'ai dit la nécromancie a été ajoutée par Mythall. Mais il y a aussi les pouvoirs de ceux qu'on appelle les sorciers.

Les sorciers…On ne sait pas vraiment quelle est leur origine. Mais on sait que dans leur sang, coule littéralement de la magie noire. Quoiqu'ils fassent, ils ont cette marque, et quelles que soient leurs actions, ils ne pourront s'en défaire : un sorcier utilisera toujours la magie noire. Ses pouvoirs sont directs, il n'utilise pas de sort, il laisse juste s'exprimer le surplus de magie de son être. Au fur et à mesure de sa progression le sorcier saura manifester sa magie sous des formes différentes, et de plus en plus puissamment. Et aucun non-sorcier ne pourra jamais reproduire les mêmes manifestations magiques.

Quant à la nécromancie, c'est une école de magie qui n'a lieu d'être que dans la magie noire. Elle utilise une forme d'énergie qu'on qualifie communément de "négative". Cette énergie, on la retrouve aussi en magie brute mais elle y est bien moins présente…
La nécromancie est très liée à la mort, elle est par essence très mal perçue. Cependant, elle permet certaines possibilités inaccessibles par la magie classique. L'immortalité, sous forme de non-mort, en est la plus célèbre…mais à quel prix. Il y en a bien d'autres qui peuvent se révéler également très pratique dans certaines situations. C'est pourquoi, tu verras des gens animés par de bonnes intentions utiliser de la nécromancie, dans des contextes qui la verront bénéfiques. Même les dieux accordent certains sorts de cette école à leurs prêtres. C'est là le bon côté de la nécromancie : Mythall ne sait pas en bloquer l'utilisation, et elle peut donc servir à la réalisation de "bonnes" choses.
De plus... tout bon magicien qui se respecte finira par étudier la nécromancie et la magie noire en général. Même maintenant, elle te fait peur, et peut te répugner, il arrivera un moment où tu seras comme attiré par ce côté plutôt obscur de la Magie, où ta curiosité prendra le dessus …Enfin, tu verras …plus tard, bien plus tard.

J'ai à présent terminé, mon enfant. J'espère avoir pu t'apporter ma connaissance de la Magie et de son histoire. Elle t'appartient désormais, et il ne tient qu'à toi d'utiliser cette connaissance, ou pas."

Le vieux mage se leva, se dirigeant vers la porte, suivi par son petit-fils. Avant de s'en retourner chez lui, il fit un dernier geste d'au revoir au mage. Il fit quelques pas, s'éloignant de la maison, et de son professeur. Ce dernier l'interpella au dernier moment :

"Au fait, mon petit Guerladan, les cours à la tour commence dans deux jours…penses-y."

Il esquissa un dernier sourire, puis referma la porte. Il traversa tout le salon, prit en passant un vieux grimoire sur sa table, qu'il plaça sous son bras. Dans un tiroir du meuble non loin, il sortit quelques parchemins, qu'il prit avec soin.

Puis il se dirigea vers une porte, bien cachée dans un coin sombre de la pièce. Elle s'ouvrit toute seule à son arrivée, et débouchait sur un petit escalier en colimaçons qui descendait vers….Dieu sait où. Il entra et referma la porte derrière lui, gardant pour lui ses mystères et autres puissants secrets…


Fin